lancer des mots sages à la tête des maussades

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Que serait la vie sans l’imparfait du subjonctif (A.Vialatte)

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Plusieurs siècles avant Jésus-Christ, Esope l’avait déjà dit : « La parole peut être la meilleure et la pire des choses ». Depuis que celle-ci est numérique et en images, télévisuelle pour tout dire, la 2ème proposition a tendance à enfoncer la 1ère. Ne serait-ce qu’à cause des tombereaux de pub qu’elle déverse à décibels-que veux-tu. C’est d’ailleurs curieux que chacun affiche sur sa boite aux lettres un péremptoire « Pas de Pub » pour s’en gaver, sitôt le seuil de la maison franchi, devant la télé du salon.

La regarder pourrait être un moindre mal, mais s’y conformer dans la vie confine à la maladie mentale. Prenez par exemple les promesses, ennuagées de rêves, des sites de rencontre. Une dame, plus tout à fait dans la prime jeunesse, se met en ligne avec un portrait tellement retouché qu’on la situe juste un peu après sa 1ère communion. Si même elle réussit à ramener dans ses filets un gaillard aussi menteur qu’elle, en quoi les kiloctets et les mégabits (sans e) vont empêcher l’implosion à la 1ère rencontre ?

Quand il s’agit d’espérer des hanches de Vénus grâce au dernier coup-faim, y croire confine cette fois au suicide. A petit feu il est vrai, puisque de déception en désespoir, on veut essayer successivement la soixantaine de molécules que la rapacité des labos a développés.

Soyons justes : entre ces pubs se faufilent quelques nouvelles. 11cms de neige à Paris par exemple. Une nuit de difficultés parisiennes nous font une petite semaine d’infos ressassées. Puis on tire tellement sur la guimauve avec ce qu’a dit le 1er ministre, celui de l’intérieur, Météo-France, que la neige a eu le temps de fondre avant la fin de la polémique. La neige fournit aussi une bonne semaine de suspense insoutenable : y aura-t-il de la neige pour les vacances de Noël ?

Parfois tombent quelques infos sérieuses : la croissance ne sera pas en 2011 au niveau prévu. Qu’on se rassure : le Salon de la plaisance a battu des records cette année avec un produit au top : le bateau de 11mètres à plusieurs millions d’euros.

Devant tant d’extravagantes « nouvelles » déversées, on comprend que certains ne se contentent plus d’écouter, ils veulent en être, se montrer dans cette gargantuesque lucarne. Quitte à déballer chez  tous les « Jean-Luc » des diverses chaînes, outre les kilos lestés en dépit des coupe-faim, les maris cavaleurs, les femmes nymphomanes, les varices résistantes,…

J’ignore si les labos, par quelques chemins détournés, ont accès à la grille des programmes de la télé. Avec l’insipide brouet qu’elle nous sert, nos concitoyens demeureront longtemps les champions des anti-dépresseurs, et leurs fabricants s’en frottent les mains.